Maylis, restauratrice de tableaux.

Parle-nous d’abord de tes passions !
 
Je suis passionnée par l’évasion, depuis toute petite… et à l’époque je regardais plus à travers la fenêtre ce qui se passait dehors, que ce qui se passait au tableau.

Ce qui peux m’entraîner loin, me faire rêver, voyager m’attire irrésistiblement !

Les tableaux que je restaure dévoilent une histoire, un morceau de vie, du passé, alors forcément mon imagination peut courir tout à son gré ! Et d’ailleurs pas seulement les tableaux, mais aussi les objets anciens, livres etc. De cette passion, d’autres passions découlent de source : la beauté, l’histoire de l’art (surtout les artistes inconnus du 19e), les matières picturales…

 
 
Parle-nous de ton métier et du chemin parcouru jusqu’à lui.
 
Le métier de restaurateur d’œuvres d’art est un métier formidable, de sciences, de patience et de passion artistique.

Devant l’œuvre confiée, la restauratrice a plusieurs regards :
Une première approche d’observation, afin de comprendre son histoire et la multitude de ses matériaux constitutifs. Exactement comme un enquêteur sur une scène de crime : recueillir le maximum d’indices, en tirer des conclusions. Il faut tout écrire tout ce qu’il nous dit, rédiger un rapport et décider d’un plan. 
Une seconde approche de réflexion : Faire le choix du meilleur pour le tableau, des traitements les plus adaptés pour sa conservation, afin que l’œuvre traverse encore des siècles… on peut commencer à faire des tests très légers pour voir comment réagit la peinture, s’il y a eu des ajouts de couches, de vernis : on entre véritablement dans le tableau.
Une troisième approche manuelle : La restauration commence vraiment, on est au plus près de l’œuvre et comme un chirurgien on vient la restaurer avec des gestes précis, minutieux et surtout respectueux ! Mots d’ordre : réversibilité (tous les produits utilisés doivent pouvoir être retirés facilement) et effacement (il y a une déontologie du restaurateur, une éthique. C’est ainsi que la phase d’observation est très importante. Il faut s’effacer et rendre sa place à l’artiste, ne pas réinterpréter son œuvre, mais seulement la ressusciter.) 

Je restaure des œuvres de toutes les époques, je ne me suis pas spécialisée sur une période donnée. Ce sont pour la grande majorité des huiles sur toile ou panneaux de bois, mais cela arrive aussi (notamment pour des œuvres plus contemporaines) que les matériaux changent et soient plus composites. 

J’ai su assez tôt que je voulais faire ce métier : Très jeune, je feuilletais avec plaisir les « Gazettes de Drouot » (magazine de ventes aux enchères) de mes grands-parents, je regardais toutes ces œuvres ; cela a contribué à éduquer mon regard. J’aimais aussi peindre ; je sens que cela me donne aujourd’hui plus de facilité et de rapidité pour comprendre les matières et trouver les couleurs adéquates quand je dois combler des lacunes ! J’ai fait juste après mon bac L un master en Conservation – Restauration du Patrimoine à l’école de Condé à Paris.

 
Comment tes passions s’expriment-elles dans ton métier ?

Chaque œuvre confiée est une invitation au voyage ! Un univers à elle toute seule ! J’aime être près d’elle, en voir les petits détails, rentrer dans le tableau et la scène représentée, me faire petite souris dans mille endroits différents… bref laisser courir mon imagination ! Cela me plaît de travailler toujours sur des œuvres différentes, offrant des problématiques variées, mais aussi m’ouvrant un pan de l’histoire à chaque fois nouveau … et que j’ai envie de creuser ! Le lundi dans le 18e et le mardi dans le contemporain… quels voyages !

Cela m’enthousiasme énormément également de prendre soin du patrimoine de mon pays, de rajouter un peu d’avenir au passé.

J’aime aussi le lien que ce métier occasionne avec les clients : beaucoup de gens passionnés et passionnants : collectionneurs, musées, marchands, galeristes, mais aussi particuliers qui ont leurs petites histoires à raconter sur leur unique tableau ! 


Qu’est-ce, pour toi, que la féminité ?
 
Pour moi la féminité c’est vivre profondément en accord avec ce qu’on est profondément. (« Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde entier! » Sainte Catherine de Sienne ) Il y a donc pour moi une multitude de féminités. Une femme qui vit en accord avec ce qu’elle EST profondément est une femme rayonnante, féconde, apaisée… Et donc à mes yeux absolument féminine.

 
La féminité a-t-elle une place particulière dans ton métier ?
 
Bien sûr ! Déjà mon métier me comble, me permet d’accomplir une véritable vocation. Je peux déployer mes talents, mes convictions, mes passions et donc avoir une vraie fécondité. Je mesure ma chance aujourd’hui de pouvoir dire que je vis profondément en accord avec ce que je suis.

Ce métier colle à mon caractère, ma sensibilité, mes centres d’intérêts. En m’épanouissant complètement dans ce que je fais je me sens complète, en paix… et donc je pense féminine ! Les fruits de cette paix, de cet épanouissement sont multiples et je peux travailler à les rendre toujours plus féconds. Par exemple en développant des qualités (que je ne pourrai pas travailler dans un métier qui ne me fait pas « grandir »). Dans mon cas par exemple j’ai pu développer mon sens de l’intuition (une grande part de ce métier), de l’observation, de la patience, de la persévérance, et ce n’est que le début du chemin, il y a beaucoup de boulot !


– Merci Maylis !

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