Parfois, j’ai la nausée de la bienveillance. Tout ce sirop que l’on nous déverse sur la tête, ces phrases doucereuses, ces discours bien polis mais qui cachent leur lot de lames de rasoir.

Au début, il y eut cette intention noble et louable de combattre la violence dans les familles, là où prend racines la violence sociale. Mettre de l’empathie et de la compréhension dans nos relations : c’était parfait, cela me plaisait. Mais c’était sans compter notre penchant naturel à juger : juger nos défauts, juger nos manquements, mais aussi juger nos efforts, les scruter, les évaluer, les soupeser, les minimiser.

Désormais, je vois la violence fleurir dans les rapports entre les mères. Les unes s’excusent en permanence, se justifient de leurs choix pour la moindre bricole. Les autres attaquent, jaugent, émettent des diagnostics définitifs en même temps qu’un bon coup de talon sur la tête des premières, histoire de bien leur mettre le nez un peu plus loin dans la poussière. Le tout, sous les dehors doucereux d’une fausse sollicitude.

Pourquoi en venir à cette violence entre femmes, entre mères ? Avons-nous à ce point besoin d’adhérer à une doctrine, de nous trouver des leaders, de recréer des clans ?

La violence qui envahit les débats éducatifs sur les réseaux sociaux me laisse perplexe. Derrière la volonté apparente de travailler à améliorer la cause des enfants, ce avec quoi on ne peut qu’être d’accord, se jouent bien d’autres choses : obtenir la validation des autres, simples mères ou têtes de file de la parentalité ; nourrir son narcissisme parental en étalant sa réussite éducative ; se trouver un idéal, quand l’engagement politique ou religieux sont en perte de vitesse. Et parfois même, quelque chose qui ne se dit pas, mais qui ressemble assez à : « j’en ai bavé, alors il n’y a pas de raison que toi, tu ne souffres pas. » La souffrance devient un nouveau rite initiatique qui fait de nous des femmes appartenant au cercle des mères. Et celles qui refusent de s’y plier sont exclues de la communauté et stigmatisées.

La violence des mères, là où l’on aurait rêvé de sororité.
Je veux la douceur pour nos enfants, et je veux la douceur entre nous.

Marie Chetrit  @prgr_le_blog

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