« Libres ? » Féminisme et féminité

Aurélien, professeur agrégé de philosophie, est en couple depuis 4 ans avec une femme courageuse qui entend s’imposer dans un milieu d’hommes.

Il a accepté de nous livrer, en ce mois masculin du Caféminin, son regard de philosophe, d’enseignant et d’homme sur cette question complexe du féminisme, abordée ici en novembre dernier dans Le Grain à Moudre.


« Femmes, féminismes, féminité. Une même racine étymologique, mais derrière ces termes un tourbillon de paradoxes. La féminité est-elle un atout ou une tare ? Le féminisme favorise-t-il ou nie-t-il la féminité ? En prônant une certaine indifférenciation du masculin et du féminin, le néoféminisme serait-il en réalité un antiféminisme ? En somme, si l’on devait choisir, quel serait aujourd’hui le plus grand obstacle à l’égalisation des droits et à la liberté des femmes, la féminité ou le néoféminisme ? Mais de quelle égalité parle-t-on au juste ? De l’égalité par la féminité et pour la féminité ? Ou bien de l’égalité malgré la féminité et contre elle ?

Quelques pistes peuvent être esquissées. Si je me fie à mes pérégrinations professorales, la féminité constitue un atout majeur pour la plupart des jeunes femmes qui suivent mes cours de philosophie. Contrairement à beaucoup de leurs camarades masculins, elles ont la chance d’entretenir en général un rapport pacifié avec la figure paternelle d’autorité dont l’ultime avatar reste le professeur, femme ou homme. Exemptes de ce déterminisme, mis au jour notamment par la psychanalyse, elles sont libres d’affronter courageusement et intelligemment ce tourbillon d’idées qui nous désarçonne.

Mais la tendance semble parfois s’inverser par la suite. Dans mon cas, force est de constater que l’entrée dans la vie active de celle qui partage ma vie, malgré une réussite scolaire et universitaire certaine, semble souffrir d’une présomption d’infériorité qui pourrait être imputée à sa féminité. Certes formellement libre, elle rencontre des résistances souvent inconscientes, surtout dans son milieu très compétitif et traditionnellement très masculin à savoir l’univers des techniciens des cinémas en général et celui des chefs-opérateurs en particulier. Alors que la féminité semble souvent synonyme de rigueur à l’école, elle deviendrait dans le monde professionnel l’antonyme de la maîtrise technique et de la responsabilité. Puissent là aussi nos futures héritières dénouer ce paradoxe. »

Un immense merci Aurélien.

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