« Je veux un accouchement naturel. »



Cette phrase, on l’entend de plus en plus. Dans les salles de préparation à l’accouchement mais aussi dans les discussions entre amies, voire dans les dîners ou sur les groupes Facebook qui pullulent sur le sujet. On l’entend de plus en plus et je peux en témoigner, car je l’ai moi-même quasiment prononcée. J’ai choisi un autre hôpital que le plus proche pour bénéficier d’un accompagnement dédié aux accouchements physiologiques,. J’ai connu le travail sans péridurale et les douleurs tellement intenses qui l’accompagnent.

Et pourtant. « Naturel. » Je ne peux m’empêcher de me questionner sur ce que nous voulons dire par là.

Que nous voulons souffrir pour le plaisir ? Qu’en pleine hémorragie de la délivrance nous aimerions dire « merci, mais non merci » au médecin qui s’apprête à nous transfuser ? Qu’en cas d’anomalie du rythme cardiaque de notre tout-petit, nous dirions au gynécologue que « c’est gentil, mais mon corps est capable » ?

Non. La frontière existe entre un retour au naturel instinctivement mais intelligemment voulu, et l’entêtement mormon de celle qui refuse « toute intervention ». La frontière existe mais elle est mince : il semble capital de la protéger. Pour ne pas tomber dans un obscurantisme des temps modernes qui ferait du médecin la figure du Diable, alors que sa vocation demeure – doit-on le rappeler ? – celle de sauver les vies des mères, et des enfants. Pour ne pas tomber dans un nouveau dogme, selon lequel il y aurait « celles qui ont vraiment accouché », et les autres.

Pour ne pas ajouter, encore, une nouvelle pression aux femmes. Un nouveau « il faut ». « Tu devrais ». « Tu sais, aujourd’hui… ». Un nouveau rempart d’exigence et de contrôle auquel se heurteront les sages-femmes, comme nous le décrivait Claire hier.

Il y a urgence à rappeler l’essentiel de l’accouchement : l’abandon. La perte de contrôle. L’ouverture. Ce sont là les SEULES conditions nécessaires à une naissance heureuse. Le reste n’est que littérature, envies et projections.

« J’aimerais un accouchement naturel ». Voilà qui est plus joli, non ?!

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