Estelle, au cœur des vagues.




À toi, héroïne du quotidien,




Il est 23h21. Nuit noire. Position 32•26’31.8’N et 010•01’35.9W. Notre  voilier se fraye un chemin entre des masses d’eau de 4m de hauteur et un vent soutenu. Je suis de quart, mon mari et nos deux filles dorment dans les cabines. Me vient à l’esprit une dissonance, un mystère de vie que j’ai besoin de te confier.


Braver depuis 4 ans des mers et océans, en couple puis en famille, être en symbiose avec des éléments que nous ne pouvons maîtriser mais avec lesquels nous pouvons négocier. Vivre dans un milieu aussi ouvert qu’hostile, aussi splendide qu’extrême. 


Et pourtant, il y a 2 choses qui me font peur : 

1. Conduire une voiture.
2. Élever un enfant de plus d’1 an.




Le baby blues, tout le monde connaît, on le prévient, on l’écoute, on l’accompagne.
Mais le baby blues à +12 mois ? Qu’en est-il ? 


Faire partie de ces femmes qui ont vécu une grossesse sans problème, un bel accouchement et aucun souci sur les premiers mois. Tout était fluide, naturel, même les réveils nocturnes. 


Ce petit bébé choyé et protégé qui, un jour, dit « non », commence à s’affirmer, et se met en colère. 
Ce passage là, je ne l’ai pas vu arriver avec ma première. J’ai même mis du temps à accepter que ce soit le cas. À le voir, tout simplement. J’ai détesté ce moment, cette transition, ces instants que je ne maîtrisais pas. Je ne supportais plus cet enfant qui m’échappait, qui me baladait. 


Était-ce intensifié par des absences prolongées du Papa pour raisons professionnelles ? Est ce un problème récurrent pour une maman avec un premier ? Suis-je la seule dans ce cas ? 



Je ne pensais pas être de ces mamans là qui répondent en bégayant un truc absurde à leur enfant, consternée et surprise par leur propos.


Je ne pensais pas ignorer la colère, les situations compliquées, tout simplement parce que je n’ai aucune solution adaptée à proposer.
Je ne pensais pas être dépassée par ces excès d’émotions de l’enfant qui fusent dans tous les sens et qu’il faut patiemment apprendre à gérer.
Je ne pensais pas être cette maman « ou tout , ou rien » , celle qui ne réagit pas et qui d’un coup se met à crier.
Je ne pensais pas être cette maman que je jugeais laxiste auparavant, peut être qu’elles ne savent tout simplement pas comment faire, comment répondre. 
Je ne pensais pas que les enfants pouvaient avoir des comportements aussi déstabilisants, on le dit pourtant. 

Et le poids de ce jugement, ce jugement constant.



« Mais enfin, ce n’est pas compliqué de poser des limites, d’être ferme, de se faire respecter, c’est du bon sens voyons ! »



Puis la culpabilité s’installe. Pourquoi les autres y arrivent et pas moi ? Pourtant j’ai été élevée dans un milieu tout à fait correct, je ne devrais pas avoir trop de problème, il suffit d’appliquer ce que j’ai reçu.


Tu es là, avec ton inefficacité, ton trop plein.
Et ne sachant que faire, après s’être épuisée à tout essayer, culpabiliser, recommencer , se dénigrer. Après avoir lu des tonnes d’articles divers et variés sur le sujet, qui t’apprennent tout et son contraire. Après avoir jeté l’éponge, j’ai enfin compris où il fallait creuser. De mon propre côté et non pas seulement sur celui de l’enfant.


Je déteste le conflit, dire non est compliqué. Dans mon esprit, la fermeté rimait avec méchanceté et finalement que voulait dire « être ferme et aimante » ?


J’ai du désapprendre, j’ai du ré-apprendre, j’ai dû m’apprendre.

Non, ce n’est pas une évidence. Non, décidément non, l’éducation n’est pas innée tout comme la fibre maternelle. Tout s’apprend, en toute humilité. S’écouter pour l’entendre, se libérer pour l’élever. 

Si cela t’arrive que ce soit avec ton premier ou ton quatrième, surtout ne baisse pas les bras.


Il est temps de te pencher sur toi, tes aspirations, tes incompréhensions, tes obsessions. Même si ça dérange, que ce n’est pas confortable, parfois incompris. Personne ne peut regretter de miser sur soi pour vivre pleinement sa vie, sa famille.

Tu n’es pas seule. 



Prends soin de toi, 
Garde le cap,
Même si parfois, tu dois louvoyer.


Avec toute mon affection et ma compréhension,

Stel (ou Estelle, comme vous voulez !).





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