Entretien avec Jeanne, médecin gynécologue

Jeanne est médecin gynécologue.

Elle exerce dans un service hospitalier de médecine de la reproduction et de préservation de la fertilité, et s’occupe plus particulièrement des jeunes femmes et femmes atteintes de cancer et dont les traitements auront une toxicité directe sur la fertilité. Elle est également responsable d’une unité d’hospitalisation de jour pour les femmes qui font des fausses couches à répétition.

Elle a accepté de répondre à nos questions afin de nous aider à comprendre les enjeux de sa profession dans son rapport au corps féminin : nous vous laissons découvrir ses réponses !

Merci infiniment Jeanne pour ton temps et ta confiance.



👩🏻‍⚕️ Ton métier touche par essence à la plus grande intimité de la femme, qu’elle soit physique (zone du corps, sensibilité au plaisir comme à la douleur) ou psychique (lieu de la relation sexuelle, de la fertilité, de la naissance…). As-tu le sentiment que cela est pris en compte dans la formation que vous recevez ? Comment prends-tu personnellement en compte cette intimité lors des consultations ? Penses-tu que cette pratique diverge selon que le gynécologue soit un homme ou une femme, et si oui comment ?

« Question vaste et très importante ! Je pense qu’il est facile de s’y perdre au début. Durant l’internat, les semaines de travail à l’hôpital sont longues et épuisantes, les gardes nombreuses et les temps de repos trop rares. L’objectif est de soigner, traiter, guérir, sans droit à l’erreur. Prendre en charge avec efficacité les urgences parfois vitales, sans passer à côté de détails capitaux. On développe alors une obsession pour la rigueur, le moindre faux pas pouvant être responsable d’une catastrophe. Voilà l’ambiance. Notre formation est donc à ce stade essentiellement sur le terrain. Heureusement, ce terrain est justement le lieu de rencontres, bouleversantes parfois, qui nous marquent à jamais. D’échanges d’une richesse vibrante sur le plan humain, et de moments de vie mémorables. C’est comme ça que je l’ai vécue.

Cela m’a permis de ne jamais oublier qu’avant un utérus gravide, je m’adressais à une patiente, qu’avant un cancer du sein, j’examinais une femme, qu’avant une FIV, je recevais un couple.

Je m’efforce d’être toujours attentive à l’intimité des femmes, à leur donner le plus d’explications possibles avant de les examiner, d’être à l’écoute, et de répondre à leurs questions, afin de créer une alliance thérapeutique qui est indispensable pour une bonne prise en charge. Je pense que cette pratique diverge plutôt en fonction de la personnalité que du sexe du gynécologue ! Que l’on soit un homme ou une femme, cela ne change rien tant que l’on fait preuve de patience, d’attention, de bienveillance et de rigueur professionnelle. »



👩🏻‍⚕️ Comment appréhendes-tu ton intervention en tant que médecin dans des moments de la vie d’une femme qui sont à l’origine totalement naturels (au sens de non-pathologiques), comme la naissance, la procréation etc. ?

« Je pense que l’important est d’être capable de savoir quand l’intervention est justifiée sur le plan médical. L’objectif étant de traiter une pathologie.

C’est la fameuse balance bénéfice/risque que l’on évoque à chaque fois que l’on veut mettre en place un traitement.

Quant à la médicalisation de certains moments de vie comme l’accouchement, elle permet le plus souvent de cadrer la prise en charge afin d’intervenir rapidement et efficacement en cas de complications, et d’éviter ainsi des catastrophes. Néanmoins, certaines maternités proposent un allègement de cette médicalisation en fonction du souhait de la femme et si le déroulement de grossesse le permet. »



👩🏻‍⚕️ Quels sont selon toi les enjeux majeurs dans le domaine gynécologique aujourd’hui ?

« Les enjeux majeurs sont probablement liés à la prise en charge des femmes victimes de violence sexuelle, de maltraitance, d’abus.

La fréquence de ces crimes et le nombre de victimes concernant les violences conjugales est en augmentation depuis le confinement, avec une hausse de plus de 30% des signalements enregistrés en France en avril 2020. Il faut que ces femmes puissent consulter leurs gynécologues (ou leurs médecins généralistes), afin que nous soyons le relai d’une prise en charge psychologique, physique et sociale. J’en profite pour vous rappeler les numéros utiles : appel au 3919, appel au 119 pour les enfants en danger, en ligne sur arretonslesviolences.gouv.fr, SMS au 114, appel au 17 police si urgence immédiate… »



👩🏻‍⚕️ Quelles sont les améliorations qui pourraient être faites dans la prise en compte de la spécificité du corps féminin, de sa psychologie, de son intimité ?

« Je pense que la principale amélioration serait d’augmenter le nombre de gynécologues ! Nous ne sommes pas assez nombreux, il est actuellement très difficile pour les femmes de trouver un gynécologue de ville, tout du moins pour leur suivi classique.

Afin d’accorder le temps nécessaire et indispensable pour une bonne prise en charge globale, il faudrait que l’on soit en nombre et partout en France pour assurer des consultations pour toutes les femmes.

Heureusement, chaque année, le nombre de places à l’internat pour la spécialité augmentent ! »


– propos recueillis par Victoire Eyraud.

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