Diego est diplomate, entrepreneur, marié et père de trois enfants… Et tout ça sans smartphone ! Il publiera en janvier son premier essai « Anesthésiés – L’humanité sous l’empire de la technologie » et répond à nos questions.


Les limites ont été sans cesse repoussées par les technologies numériques. Faut-il s’en inquiéter ?

La métaphore des états de la matière peut illustrer leurs degrés d’emprise dans nos vies.

Des années 60 aux années 2000, c’était l’âge de la technologie « solide », dont le paradigme était l’ordinateur : on l’allume pour l’utiliser, on l’éteint quand on a fini, et si on n’est pas devant lui, on n’est pas connecté.

Dans les années 2000, on est entré dans l’âge « liquide » : ça se répand et ça adhère. L’iphone est dans la poche, il n’y a plus de bouton off, la distance devient difficile.

Aujourd’hui, c’est la technologie « gazeuse » qui règne, avec la multiplication des objets connectés, bientôt implantés (zéro limite entre l’homme et le numérique). A la manière d’un gaz, omniprésent mais qu’on ne perçoit plus consciemment, ces objets digitaux s’imposent partout.

L’industrie numérique est bâtie sur ce modèle de « stickiness » : adhérence maximale entre l’utilisateur et le service.
Une étude ayant convaincu les premiers investisseurs de Facebook montrait que le comportement y était de plus en plus compulsif.
La pratique du « scroll », par exemple, agit sur le cerveau comme une addiction : les hormones sécrétées exigent de revenir sans cesse sur les mêmes contenus pour satisfaire le corps.


Plongés dans cette technologie gazeuse, que peut-on faire ? Que doit-on faire ?

Se mettre des limites (âge, lieu, durée, finalité) pour retrouver un usage libre, sain et conscient des nouvelles technologies.

L’une de mes limites personnelles est de ne pas avoir de smartphone. J’ai un vieux téléphone qui ne me sert qu’à téléphoner. Et pour avoir internet je dois m’asseoir à mon bureau, derrière mon ordinateur. Ce n’est pas le choix de la facilité, évidemment, mais celui de la liberté !



– propos recueillis par Clarisse Tannhof

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