Découvrir la femme que je suis dans le monde.

par Joséphine Leroy


Le 1er septembre 2020 ont fleuri sur Instagram de jolis portraits d’écoliers, présentant fièrement à l’objectif une ardoise indiquant leur nouvelle classe. J’ai hésité ce jour-là à acheter ma propre ardoise, et à y tracer « Working mum junior ». Car le 1er septembre 2020, j’ai fait ma rentrée dans le monde professionnel, 18 mois après la naissance de mes jumeaux.

Sans transition, j’avais laissé derrière moi mes années d’étude pour me consacrer à mon foyer. Face à la nouveauté de mon statut de maman, je m’étais très vite sentie dépassée et un peu perdue, comme pas à ma place. Et au milieu de ce chamboulement une phrase revenait sans cesse, sur les réseaux, avec mes amies : tu es maman, mais pas seulement.

Intéressant. Mais ce « pas seulement », à quoi correspond-t-il pour moi ? La dernière fois que je m’étais regardée, j’étais une étudiante en Droit – Histoire de l’Art, hésitant entre une carrière de commissaire-priseur ou dans la médiation culturelle. Mais aujourd’hui qui suis-je, si je ne suis pas qu’une mère ? La réponse ne m’a pas vraiment plu. J’étais une jeune femme comblée par la vie mais pas épanouie, laissant peu à peu s’envoler la patience, la douceur, la joie de vivre que tout enfant mérite pourtant de la part de sa maman.

C’est alors que l’idée de travailler est revenue, avec une intention différente. Il ne s’agissait plus tellement de rentabiliser des études ou de se faire plaisir dans un domaine passionnant. Il s’agissait davantage de m’offrir l’opportunité de me découvrir hors de mon foyer, de découvrir ce « pas seulement » qui me manquait.
J’ai finalement fait le choix d’accepter un poste de gestionnaire de patrimoine pour un groupement hospitalier, mon domaine de prédilection n’ayant rien à m’offrir. Après les maîtres français du XVIIe et les couloirs du château de Fontainebleau, me voilà à l’hôpital où l’esthétique et l’histoire ne sont pas au cœur des préoccupations.

Le champ lexical de l’épanouissement au travail s’articule autour des mots « passion », « enthousiasme », « rêves » : mon travail n’a rien à voir avec ce qui me passionne, et j’aurais pu patienter encore pour trouver la perle rare. Mais j’ai décidé de sauter le pas, d’aller à la rencontre d’inconnus avec qui je n’ai a priori aucun centre d’intérêt en commun.

Je ne réalise pas mon rêve professionnel, mais je me découvre en tant que femme, seule face aux inconnus. Je ne me lève pas le matin impatiente de commencer mes tâches de la journée, mais je me couche le soir le cerveau fatigué d’avoir cherché des solutions et heureuse de retrouver mes 3 hommes. Si je manque de passion, je ne manque pas de détermination. Si je manque parfois d’enthousiasme, je ne manque pas de professionnalisme et de rigueur.

Et suis-je épanouie ? Certainement. Les médias parlent tellement de cet emploi parfait, celui qui correspond à vos goûts, à vos envies, à vos ambitions matérielles. Mon attirance pour le monde de la culture est toujours bien présent et je ne renonce pas à l’idée de travailler dans ce milieu. Mais à l’heure actuelle, mon emploi, imparfait, correspond parfaitement à mes besoins pour m’épanouir. Je ne suis pas venue chercher l’épanouissement professionnel, je suis venue découvrir la femme que je suis dans le monde. Pourrais-je me satisfaire toute ma vie de cela ? Je ne pense pas. Mais rien n’est jamais acquis et c’est ce qui fait la saveur de la vie, y compris la vie professionnelle non ?

J’ai longtemps tremblé en imaginant abandonner mes enfants en décidant de m’engager dans une carrière professionnelle. Je pense aujourd’hui que ce n’est pas uniquement pour moi que je l’ai fait, mais aussi pour eux. Ils méritent une maman épanouie, en mesure de leur donner le meilleur d’elle-même. Et le meilleur d’elle-même passe par la construction de la femme qu’elle est, avant même d’être leur mère. Certaines parviennent à cet équilibre en restant au sein de leur foyer : merveilleuses éducatrices et gestionnaires, cuisinières, couturières, mais aussi entrepreneurs, free-lance…D’autres n’ont pas ce choix et doivent subvenir aux besoins financiers du foyer, à contrecœur. Le but ici n’est pas de donner une recette ou dispenser une leçon. Peut être simplement de voir que le monde professionnel est un outil comme un autre pour se révéler en tant que femme. 

– merci infiniment @josephine_lroy !

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1 commentaire

  1.  » se connaître soi-même » est une bonne manière de se révéler. J’apprécie beaucoup cette philosophie. C’est une façon importante pour s’accepter telles que nous sommes et cette façon contribue à établir un véritable équilibre entre nos vies… celle d’épouse, celle de mère, celle professionnelle, celle familiale et sociale. Bravo Joséphine d’avoir si joliment ouvert votre coeur et d’avoir si bien exprimé ce qu’est pour vous, une femme dans le monde

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