Cette salle d’attente remplie de femmes

Pour la 34ème fois, j’entre dans cette salle d’attente remplie de femmes.

L’une se lève, suivie de près par son mari. Il s’inquiète que ce soit moi, un homme, qui l’examine. Il craint la douleur de sa femme et sa gêne, probablement. Je lui explique que, malheureusement, je suis le seul de garde ce soir, qu’elle ne pourra rencontrer aucun autre médecin avant demain matin. Sa femme le rassure et lui demande de se taire, elle a tellement mal, veut simplement être soulagée.

Puis je vais examiner cette jeune primipare, inquiète de son accouchement qui ralentit. Elle s’agite, se questionne. Je n’ai plus d’outils pharmacologiques, alors je l’écoute, lui parle. « Merci docteur. » Je ne sais plus si je la rassure pour l’apaiser ou simplement pour lui donner quelques heures d’autonomie.

Les résultats de cette dame, assez âgée, qui attend depuis des heures sont enfin arrivés, ils ne sont pas rassurants. Je vais quand même demander à mon confrère s’il voit les mêmes choses que moi. Oui. C’est à moi de la recevoir, de lui dire qu’il semblerait qu’il faille vite l’opérer.

Je soupire. Ca va être comme ça toute la nuit ?

J’y retourne, me présente à cette femme, lui propose de l’examiner et lui demande simplement de me signaler quand elle est prête. Étonnée, elle me remercie et me raconte pourquoi elle est venue sans son compagnon, qui ne veut pas trop se mêler à ces histoires « de filles » . Je ris même si, au fond, je suis triste de constater que les hommes ne comprennent pas toujours l’importance de les accompagner.

J’en perds mon énergie, je ne sais plus si je fais bien mon travail, je me questionne, je suis fatigué.

« Comment vous faites docteur, pour tenir toute la nuit ? Pour voir autant de gens qui ont des problèmes ? » C’est vrai ça. La phrase de cette patiente me reste en tête, parfois à la limite de tout lâcher.

7h, fin de la garde. Les résultats de ma dernière patiente sont arrivés. Venez madame, en fait, vous êtes enceinte. Les larmes de bonheur de cette femme me réconfortent.

Je me rappelle alors que, quand le corps médical rencontre celui des femmes, c’est aussi beaucoup de joie.

✍🏻 Dr X, gynécologue.

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