Ce serait bien qu’on fasse gaffe.

Mercredi matin, en plein petit déjeuner, promis comme plus ralenti mais surtout plein de promesses : une journée accélérée au rythme des enfants, activités, jeux parfois agités et surtout de leurs questions, remarques, disputes … bref, une joyeuse journée qui s’annonce. C’est à ce moment précis donc, que leur père, pourtant attentionné et alerte sur mon bien-être global, décide de parler de notre budget mensuel ou plutôt de notre découvert mensuel. « Donc ça serait bien qu’on fasse gaffe ». Mince, mon diner au restau ce soir avec ma copine chérie.

Tous mes espoirs s’effondrent, la fin de cette journée, réjouissante, légère et profonde d’échanges sera en fait comme une bonne partie de cette journée : abandonnée aux miens. Je le laisse partir, le sourire aux lèvres et moi, le ventre noué.

Je retourne le problème dans tous les sens, au détriment de mon efficacité maternelle, je cherche et n’arrive pas à écrire à ma copine pour annuler. J’y crois encore.

Mais pourquoi suis-je autant remuée ? Après tout, il a raison et il ne me l’a vraiment pas dit violemment.

Peut-être parce que je ne me sens pas libre. Je ne vous parle pas de la liberté de mouvement, qui sera de toute façon la mienne, ou la liberté d’expression, qui m’a déjà invitée à exprimer ma déception à mon mari. Non, je vous parle de ce mouvement intérieur profond qui propulse, qui met en mouvement, qui nous fait nous sentir à notre place.

Alors, je réfléchis. Déjà, j’ai besoin de la voir cette copine, après ces nombreuses heures accumulées à donner du temps auprès de mes enfants. J’ai besoin de légèreté, de solitude, d’autonomie.

Mais, profondément, qu’est ce qui m’aliène. Est-ce vraiment mon mari qui m’indique qu’on est dans le rouge ?

Non, probablement pas. Cette réflexion vient aussi réveiller mon rapport à l’argent, les souvenirs de ma mère qui surveillait de très loin le portefeuille, les soupirs de ma grand-mère quand on proposait d’aller « fêter ça au restau », l’habitude de mon père de ne jamais prendre de dessert, me rendant coupable de choisir entre le tiramisu et le fondant.


Cette réflexion vient aussi soulever des questions intéressantes en lien avec ce dont j’ai besoin : Mais est-ce que j’ai vraiment choisi ces mercredis ? Est-ce que ce que je vis là, c’est ok ?

Alors j’ai décidé d’y aller à ce restau, parce que c’était vraiment important pour moi. Et parce que c’est comme ça que je me suis rendue vraiment libre, et à ma place.

Lénaïg Steffens

Articles recommandés