Amitié connectée ?


Quand une amie vous demande de rédiger « un billet nostalgie des amitiés à l’ancienne » ben ça file un coup de vieux.

Trente-deux ans pourtant ce n’est pas si vieux. Les portables sont arrivés quand on était au collège, on a connu les sms à caractères limités (« tfkoi2m1 ? »), les appels illimités seulement le week-end et le jeu du serpent. Et surtout on a connu l’immense privilège de voir naître Facebook et tout le reste et on a pu être connecté avec tous et tout et ça quelle liberté !

Je n’ai pas envie de jouer le rôle de la nostalgique des temps d’avant, d’abord parce que souvent on fantasme le passé et surtout parce que c’est une posture philosophique qui nous sert de refuge quand on ne veut pas se battre avec le réel. En revanche je suis un peu sceptique je l’admets.

J’ai toujours trouvé qu’être une bonne amie c’était dur, maintenant cela me paraît presque impossible.

Trop de pression ! C’est le piège du « puisqu’on peut le faire, c’est bien de le faire ». On peut tout partager, tout raconter donc il faut le faire sinon c’est qu’on ne s’intéresse pas à l’autre. Alors comment expliquer à mes amies que j’adore et qui sont loin que partager ma vie de façon virtuelle ça m’angoisse ? Que ma vie sur place me demande déjà toute mon énergie ? Que lorsqu’on partage, par définition, on divise ?

Dans une époque du paiement sans contacts je milite pour une amitié pleine de contacts.

Je veux des sons, des vrais, des regards et des odeurs. Pouvoir observer en face la personne aimée et embrasser ses enfants que je découvre bien grandis. Bien sûr que c’est une joie de parler au téléphone et de contempler des photos mais quelle illusion de penser que cela remplace ou compense l’absence !

Rien ne remplace l’absence de l’être aimé que je veux attendre tous les jours à quatre heures comme le renard. Je ne veux pas compenser cette absence, je veux au contraire apprendre à la chérir, à la remplir de vrais souvenirs et, surtout, me démener pour créer des occasions de rencontre où je serai entièrement présente et disponible, sans partage.



– billet écrit par Hombeline et recueilli par Clarisse Tannhof

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